Elise Boghossian, les réfugiés c’est nous

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Elise Boghossian, crédit: Shennong-Avicenne.org

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Le vendredi 8 janvier 2016, Elise Boghossian présente son livre Au royaume de l’espoir il n’y a pas d’hiver, à la cathédrale arménienne Saint Jean-Baptiste de Paris. Acupunctrice en zone de guerre, fondatrice de l’association médicale Shennong-Avicenne, Elise Boghossian dédie sa vie à soigner quelques milliers des 2,5 millions de réfugiés chrétiens et yézidis au Kurdistan. Avec son association, elle a transformé un grand camion en dispensaire, leur permettant de se rendre dans 30 camps de réfugiés par semaine, dont certains sont espacés de 300km.

Au Kurdistan, toutes associations confondues, ce sont 4 médecins pour 10 000 personnes. Et les anecdotes relèvent toujours de l’enfer sur terre : 2500 soins par mois, 7 à 10 enfants à soigner par jour pour des brûlures (eau bouillante, chaudières qui explosent, dans des chambres où ils vivent à 10). Les conditions climatiques : 57 degrés certaines semaines d’été, créant des cloques sur la peau des personnes, les yeux des nourrissons collés pleins de mouches. Sans compter les épidémies de gale et de poux. Mais il y a aussi les femmes qui ont réussi à s’échapper des mains de leurs ravisseurs, violées et sexuellement torturées, elles n’ont plus qu’une envie, le suicide. Sans parler des jeunes enfants, effrayés lorsqu’ils voient un homme adulte, ils se tapent la tête contre les murs, ne supportent plus qu’on les touche. Le nec plus ultra du traumatisme.

Le but de Daesh : le génocide, à la fois idéologique et conquérant. Jusqu’à l’été 2014, Mossoul et Qaradosh étaient les villes les plus habitées par les chrétiens en Irak. Aujourd’hui il n’en reste plus aucun. Hommes abattus, femmes violentées sexuellement à des fins politiques (éradication d’un peuple), enfants enlevés : ce sont bien quelques uns des facteurs d’un génocide, selon la Convention de 1948.

Descendante d’un survivant du génocide arménien (son grand-père entouré de cadavres a du feindre d’être mort pour ne pas être à son tour abattu par les Turcs), Elise Boghossian tisse facilement des liens avec les réfugiés arméniens. Ils sont plus de 2000, descendants de familles protégées par les chrétiens et les yézidis à Mossoul et Alep, lors de leur arrivée dès 1915. 100 ans plus tard c’est leur tour de passer à la casserole… Ils racontent tous la même chose : à la messe le dimanche matin, Daesh entre dans les églises avec des Kalachnikovs, et leur explique qu’ils ont 6 heures pour se convertir à l’Islam ou partir. Dans l’heure, les habitants chargent toutes leurs affaires dans leur voiture où ils montent à 10 personnes. Arrivés à la frontière, on les fait tous sortir, ils sont dépouillés de tout, même de leurs alliances, ainsi que de leurs voitures (bien sûr), et arrivent dans les camps de réfugiés au Kurdistan en chemise, après 50 km de marche.

J’ai demandé innocemment à Elise pourquoi les arméniens n’allaient pas refaire leur vie en Arménie. La réponse est tragique, ces arméniens, c’est nous. Mossoul et Qaradosh étaient des villes comme Lyon, et ces arméniens en question étaient avocats, architectes, médecins. Ils ont tous fait des études, parlent parfaitement l’arménien, sont super cultivés, et pour beaucoup étaient très riches. Et l’Arménie ? Un pays excessivement pauvre, avec un gouvernement honteux ultra corrompu qui rackette ses habitants. Certains des réfugiés ont tenté de s’installer en Arménie, un échec. Ayant fait des études supérieurs, rivalité était faite avec les arméniens locaux, qui vivent dans la pauvreté, avec déjà eux-mêmes de très grandes difficultés pour trouver du travail. Imaginez vous parisiens, lyonnais, bordelais, débarquer à Yerevan, avec vos diplômes français…

Et puis il y a le fait que l’été 2014, c’était il y a un an. Seulement. Psychologiquement les arméniens, les chrétiens d’orient de façon plus générale, et les yézidis, sont cassés. Elise ne les voit jamais sourire. Ils ne vivent que sur l’espoir de retourner à Mossoul et Qaradosh (encore aux mains de Daesh), et de retrouver leur maison, leur compte en banque (car tout leur argent est encore là-bas), et leur métier. Un espoir perdu ? La guerre contre Daesh est une guerre de perte et de reconquête de territoires. Une guerre d’avancement et de recul. Tout espoir est donc permis.

Qui pourrait les traiter d’inconscients ? Mais aussi, qui peut juger les réfugiés arrivant en Europe ? Certains disent que les hommes devraient rester sur place et se battre contre Daesh. Certains blâment les réfugiés arrivant d’Irak et de Syrie, parce qu’ils n’ont pas l’air pauvres, parce que comme nous l’a montré l’article du Monde ils ont des smartphones, ils échangent sur Whatsapp, vont chez Starbucks en Allemagne. Le problème c’est que ces réfugiés c’est nous. Des personnes qui ont fait de bonnes études, qui lisent les mêmes médias que nous, qui vont chez Starbucks, qui ont un iPhone, qui vivaient dans des villes super modernes, et qui du jour au lendemain se sont retrouvés avec la lettre Noun peinte sur leur porte. La lettre Noun, N en arabe, pour Nazaréen (Jésus). Et ceux qui ne sont pas chrétiens, les musulmans, sont quand même des mécréants pour Daesh, car ils sont modernes, éduqués, ouverts d’esprit, et écoutent de la musique.

C’est bien facile pour les français de déculpabiliser la France de la collaboration avec la Gestapo pendant la Shoah. « On n’est pas à leur place ; On ne sait pas ce qu’ils ont vécu ; C’était la guerre c’était difficile.» Qu’ils disent. C’est vrai et je suis d’accord. Ces dernières semaines, les médias du monde entier ont commencé a recevoir des photos des villes prises par Daesh en Syrie, Madaya notamment. De quoi rendre Hitler vert de jalousie. Des squelettes, avec leurs nourrissons squelettes. Qui oserait dire que les arméniens et les juifs n’avaient qu’à se battre pendant leurs génocides respectifs ? Alors ne jugeons pas à notre tour les personnes qui arrivent des pays terrorisés et avec pour ennemi Daesh, quand notre seul ennemi est Flamby…

Vidéo de l’association Shennong-Avicenne sur les travaux au Kurdistan: lien.

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Auteur : Elinor

My name is Aliénor, Elinor in Hebrew, and I’m a Catholic from Paris. My heart belongs to Israel, so I’m going to tell you my journey there, and why would a christian be in love with this country. / / Je m’appelle Aliénor, Elinor en hébreu, catholique et parisienne. Mon coeur se trouve à 3250km de Paris: en Israël! Je vais donc vous raconter mes voyages là-bas, et vous montrer ce qu’une chrétienne peut tant aimer dans ce pays.

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